Deux Allemands à Paris (1664)

Archives nationales, Minutier central, étude VIII, 706, obligation du 26 avril 1664 (proposition de transcription en fin d’article, le formulaire en gris)

De passage à Paris pour une raison inconnue, un Allemand, le sieur Bernt de Bostorsf, reconnaît devoir à un compatriote, François Charles de Salm (pas forcément de la famille princière de Salm), 700 livres tournois – l’équivalent de plus de trois ans de salaires d’un ouvrier moyen sous Louis XIV, à raison de 19 livres par mois. Il s’oblige dans un acte tout ce qu’il y a de plus conforme (voir dans la transcription la grande part du formulaire en gris) à rembourser celui-ci dès qu’il le souhaite, quitte à engager ses biens mobiliers et immobiliers. On ignore s’il l’a effectivement remboursé.

Dès cette époque, mais en réalité dès le Moyen Âge, Paris est une ville cosmopolite : l’Université, la présence de la Cour quoique de façon intermittente, l’implantation d’une série importante d’institutions administratives tel que le Parlement, le potentiel commercial – foires – et industriel de cette ville située sur la Seine impliquent un va-et-vient important d’individus de tout le royaume mais aussi d’étrangers, comme les sieurs Bostorsf et Salm pour lesquels, mis à part leur nationalité, tout nous est inconnu, et dont les archives gardent les traces (d’ailleurs, un Arménien viendra pointer son nez dans quelques temps).

Notons qu’à cette époque, les Autrichiens étaient qualifiés d’allemands car faisant partie du Saint-Empire germanique. Remarquons aussi que les deux hommes savent signer et que le sieur de Bostorsf a ajouté à sa signature sa qualité de « gentilh(omme) alleman », contrairement à son compatriote, juste au-dessus des signatures ouvragées des deux notaires parisiens.

26 avril 1664 ; obligation

Fut présent en sa personne Berndt De Bostorsf, gentilhomme allemant demeurant à Berlin en l’eslecteurat de Brandebourg, estant de présent à Paris, logé en la maison du sieur Bertte, size à Sainct Germain-des-Prez-lez-Paris, grande rue Tavenne, paroisse sainct Sulpice, où il faict eslection de domicille pour l’exéccution des présentes, lequel a recognu et confesse debvoir bien et loyaummant à François Charles Di Salm, aussy gentilhomme allemant du pays d’Autriche, à ce présent et acceptant, la somme de sept cens livres tournoys pour cause de pur, vray et loyal prest d’argent faict par ledit sieur di Salm audit sieur de Bostorsf en cette ville en deniers comptans pour subvenir et employer à ses besoings et necessitez dont il se contente .

Ce faisant, promet et s’oblige rendre et payer ladite somme de sept cens livres tournoys audit sieur Di Salm, ou au porteur des présentes, à Berlin ou au pays de l’eslecteur de Brandebourg, à la vollonté dudit sieur Di Salm sans aucune difficulté ny contredit, à peyne de tous despens dommages et intérestz, promettant, obligeant tous et chacuns ses biens meubles et immeubles présent et advenir, renonçant, faict et passé à Paris et études des notaires du Roy au Chastelet de Paris soubzsignez, l’an mil six cens soixante quatre le vingtsixiesme jour d’avril avant midy, et ont signé.