Exposition Jardins au Grand Palais (Paris) : herbiers, plans et archives

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Le mur des plans, section Allées, Scénographie Laurence Fontaine © Rmn-Grand Palais / Photo Didier Plowy.

Soyons clair, l’exposition Jardins au Grand Palais jusqu’au 24 juillet 2017 n’est pas à proprement parler une exposition d’archives. Je ne vais donc pas en critiquer le plan, le propos scientifique ou artistique, mais plutôt attirer votre attention sur les quelques archives qui s’y trouvent malgré tout, des archives aux typologies spécifiques, qui se trouvent en deux endroits bien précis de l’exposition, dans la partie intitulée « Botanique », au début, et dans celle dite « allées », dans la seconde moitié de l’exposition.

Je n’ai aucune vue d’ensemble de la partie botanique : l’éclairage est faible de manière à protéger les oeuvres exposées, qui consistent en une série de merveilleux herbiers, d’aquarelles et de reproductions en cire, verre et autres de plantes. Les prouesses techniques et artistiques, et plus que réalistes je dirais illusionnistes, sont au service de la connaissance et de la pédagogie, comme en témoignent les cires du professeur Auzoux par exemple. Les herbiers relèvent d’un autre type, puisque ce système, inventé en Italie au début du XVIe siècle, consiste à collecter les plantes, à en réaliser une encyclopédie séchée par le biais d’un classement spécifique à chacun – heureusement en matière d’archives le classement est harmonisé!!! L’exposition présente plusieurs herbiers dits historiques, tirés des collections de l’Herbier national du Museum d’histoire naturelle, qui succède en 1792 au Jardin du Roi créé en 1635.

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Joseph Pitton de Tournefort, Muscus, planches de mousses, fin XVIIe siècle, MNHN, herbier national

Le botaniste du roi Joseph Pitton de Tournefort, lègue son herbier au roi à sa mort en 1708, ce qui est l’acte de fondation de ces herbiers nationaux qui représentent aujourd’hui plus de 150 000 spécimens de plantes.

En plus de celui de Joseph Pitton de Tournefort, nous sont présentés également des herbiers plus tardifs. La planche de l’ananas de l’herbier Vaillant est un classique : au XVIIIe siècle l’ananas est encore une plante tropicale, rare, dont la présence dans cet herbier d’un botaniste du roi témoigne du progrès de l’acclimatation de telles plantes dans les jardins privés.

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Sébastien Vaillant, Ananas, MNHN, herbier national © service audiovisuel MNHN

L’herbier de Philibert Commerson est l’occasion de rappeler le lien étroit entre la botanique et la médecine et de souligner que le Jardin du roi et Paris n’avaient pas le monopole de la technique de l’herbier : Commerson réalise cet herbier composé uniquement de feuilles lors de ses études de médecine à Montpellier, avant d’être recruté pour participer à l’aventure de Bougainville en tant que botaniste. Les plantes ne sont ni identifiées par écrit, ni localisées.

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Philibert Commerson, Hortus siccus, vol. II, ca 1754, MNHN

Celui de Jean-Jacques Rousseau conservé au MNHN ne relève pas d’une collecte par le philosophe lui-même : ces plantes de Guyane, de France métropolitaine et d’Espagne notamment, ont été réunies par Jean-Baptiste Fusée Aublet, à qui le philosophe, épris de botanique, achète ces quinze carnets. Anecdote qui ravira les archivistes : Fusée Aublet a fixé ses plantes sur du papier notarial de récup’… Mais ici, c’est apparemment un herbier réalisé par le philosophe quelques années avant, et qui est conservé au Musée des arts décoratifs à Paris.

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Jean-Jacques Rousseau, herbier, ca 1769-1770, Paris, musée des arts décoratifs. Toutes mes excuses pour cette mauvaise photo – satanée luminosité de conservation préventive -, allez le voir et essayez de déchiffrer la prose du philosophe, c’est émouvant!

L’herbier de Louise Gailleton est dit « des tranchées » car réalisé entre 1914 et 1918 et à partir des végétaux qu’elle demandait aux soldats avec qui elle correspondait.

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Louise Gailleton, herbier dit « des tranchées », 1914-1918, Paris, MNHN

Mention particulière à ce qui n’est pas un herbier, mais une bibliothèque, celle de Carl Schildbach, un naturaliste allemand qui constitue une collection de 530 volumes à la fin du XVIIIe siècle. Chaque volume est une boîte d’une essence de bois, dans lequel sont des éléments de l’arbre en question (fleurs, fruits, écorces, branches, feuilles, etc).

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Carl Schildbach, Fagus sylvatica L, entre 1771 et 1799, Cassel, Naturkundemuseum im Ottoneum. A votre avis, la feuille est-elle tombée de la boîte ou est-ce une installation contemporaine?

Et hors de cet espace se trouve l’herbier des Jussieu, du nom d’une dynastie de cinq botanistes qui oeuvra au Museum pendant 143 ans, faisant la transition entre l’Ancien Régime et les Républiques et Empires du XIXe siècle. Collectant mais aussi recevant les spécimens de leurs correspondants, ils viennent autant de jardins publics ou endroits sauvages que de jardins privés, souvent fort riches en espèces et qui rappellent les limites de l’urbanisation à cette époque, notamment à Paris.

On trouve également en fin d’exposition un herbier, dit de Jérusalem, souvenir d’un pèlerinage en Terre Sainte effectué au XIXe siècle : les plantes sont ici disposées dans des compositions plus esthétiques que scientifiques, sans mention de leur dénomination.

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Anonyme, herbier des pèlerins de Jérusalem, 1863, MNHN, herbier national

Notons les précisions associées aux spécimens, sauf exceptions : les lieux de collecte, propriétaires du terrain, conditions de la collecte sont scrupuleusement notées. Il aurait été intéressant de revenir un tout petit peu sur les différentes méthodes de classement proposées par ces herbiers, reflet des progrès scientifiques de ces époques (et en bon archiviste, les classements on aime bien cela). Je regrette aussi l’absence de manuscrits des époques antérieures sur la classification des plantes (en règle générale, mise à part la fresque antique qui accueille le visiteur, cette exposition commence à l’époque moderne, exit le Moyen Âge, le symbolisme du jardin dans le monde chrétien ou encore le jardin de plantes médicinales).

Le deuxième type d’archives est lui aussi plus ou moins bien localisé, dans la partie intitulée « allées », en un grand mur de plans et de vues de jardins, pour la plupart de la région parisienne et des XVIIe et XVIIIe siècles dont un d’André Le Nôtre (mais il y en a de Jacques Androuet du Cerceau). Impossible de tous les citer et commenter, mais on remarquera que ces documents sont à mi-chemin entre les archives en tant que documents techniques et témoignages du passé et les oeuvres d’art par le soin apporté à leur exécution, les couleurs et les différents points de vue adoptés pour le rendu (à vol d’oiseau, de biais, en coupe). Cette disposition permet d’en apprécier la variété et l’évolution, enfin pour qui peut repérer d’un coup d’oeil le passage du jardin baroque au jardin classique, puis au jardin anglais et romantique, situer tous ces jardins sur une carte  et les rattacher à leur propriétaire/commanditaire et à son goût. Les cartels en tout début ou toute fin de section ne sont pas les plus pratiques pour repérer ce à quoi correspond chaque oeuvre.

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Anonyme, plan de château, jardins et divers, XVIe siècle, dessin à la plume, aquarelle, Paris, bibliothèque de l’Institut de France
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François Lefebvre, (Perspective de la villa Schonenberg (Laeken)), 1787, aquarelle, crayon, Vienne, Albertina

Hors archives, mes coups de coeur : le mur avec la collection d’arrosoirs, les plantes de verre des Blaschka, les orchidées de Neu, la touffe d’herbes d’Albrecht Dürer, les oeuvres de Sibylla Merian, de Jacques Lemoyne de Morgues, la broderie du XVIe siècle, les vues d’optique de Carmontelle, les vues de grottes de Johann Walter, les boutons de redingote avec vues des jardins de Versailles, les marguerites de Caillebotte, le tableau Coursegoules de Jean Dubuffet et ce n’est qu’une sélection….

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Vue du mur avec la collection d’arrosoirs, section Instruments, Scénographie Laurence Fontaine © Rmn-Grand Palais / Photo Didier Plowy.
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Jean Dubuffet, Coursegoules, 1956, collage d’huiles sur toile, Paris, musée des Arts décoratifs

On peut regretter l’absence de cartels développés pour la plupart des oeuvres présentées : il faut obligatoirement se reporter au catalogue (que j’ai trop rapidement feuilleté pour m’en faire une idée) ou à l’audioguide (que je n’ai pas pris) pour y trouver les explications, ce qui est un peu ennuyeux pour qui ne veut ni de l’un ni de l’autre. Même s’il s’agissait d’une interprétation très « histoire de l’art » du sujet des jardins, les présentations des plans auraient pu être complétées par une ou deux minutes notariales ou papiers privés correspondants afin d’apprécier la litanie des plantes ou des actes d’entretiens qui s’y réalisaient quotidiennement et de faire le lien avec la partie Instruments ou Jardiniers/jardinistes (en passant, chapeau de ne pas avoir fait de focus sur Le Nôtre ou Capability Brown, de grands noms de l’horticulture que l’on attendait et qui se retrouve noyés, ou peut-être remis à leur juste place (???) dans l’espace du sujet). De même de grands pans de l’histoire des jardins (et de l’histoire de l’art) me semblent avoir été oubliés : à moins de me tromper, mais les serres et leurs architectures n’ont pas vraiment été développées, de même que la tulipomanie ou encore le style art déco. Bref, c’est une agréable promenade, comme dans un jardin effectivement (était-ce le but?), où l’on butine au passage une oeuvre ancienne ou contemporaine, dans une harmonie qui ne gomme pas la diversité des facettes du sujet, mais dont le propos scientifique reste malgré tout obscur.