Certificat de notoriété : Mlle de Bégourdan est-elle bien la seule héritière de son défunt père? (1667)

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Archives nationales, Minutier central, étude I, 148, certificat du 28 février 1667 (transcription en fin d’article, formulaire en gris).

Un acte des plus courts pour aujourd’hui et à première vue extrêmement simple. Il s’agit d’un acte de notoriété ou certificat par lequel deux bourgeois de Paris, Nicolas Pique et Tranquille Le Tellier, attestent que le défunt Pierre Bégourdan, de la ville de Toulouse, est décédé seize ans auparavant en ne laissant pour unique héritière que Bernarde Bégourdan, femme de Charles Béret, bourgeois de Toulouse.

L’acte en lui-même est simple : un acte de notoriété ou un certificat est un document attestant d’un fait, par le moyen de témoignages et généralement à propos de successions, devant un représentant officiel qui est un notaire. Ici nous avons la configuration normale : mention des témoins, déclaration de la matière du certificat – connaissance de tel individu, de sa mort ou de sa qualité d’héritier -, formulaire de certification « ce qu’ils certiffient estre vray » et les mentions finales communes aux autres actes notariés (dates de lieu et de temps – PS : une date n’est pas que chronologique pour un archiviste, et encore moins pour un archiviste ayant fréquenté des actes médiévaux car à l’origine « datum » signifie simplement « donné » et équivaut à ici le « faict et passé »).

L’acte comporte ainsi trois types d’acteurs, les deux témoins, le défunt, l’héritière en faveur de qui est réalisé ce certificat. Les deux témoins, Nicolas Pique et Tranquille Le Tellier, sont qualifiés seulement par leur adresse et leur qualité de bourgeois de Paris. Je n’ai pas réussi à trouver leur profession précise : des marchands, probablement, pour être ainsi en relation avec des Toulousains. Des dépouillements d’archives amateurs ont repéré un certain Nicolas Pique, à la signature identique (avec ces chiffres au-dessus) comme acceptant d’être subrogé tuteur de mineurs en 1663, mais je n’ai pas trouvé de Tranquille Le Tellier (un prénom assez rare pour l’époque).

Pour Pierre Bégourdan (ou Bigourda ou Bégordan), peu de choses complémentaires à dire : décédé en 1652 (il est enterré dans l’église des pères de la Trinité le 25 avril 1652), donc plutôt 15 ans que 16 avant le certificat, il est un marchand de bois toulousain ayant eu affaires à Paris avec les nommés Pique et Le Tellier. Il est marié à Antoinette de Cayla.

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Archives municipales de Toulouse, GG 240, registre de décès de la paroisse Saint-Etienne de Toulouse, 1649-1653, p. 98 verso. En passant, les recherches se font sur le site des AD de Haute-Garonne et ne sont pas pratiques, on ne peut sélectionner le type de registres que l’on veut.

Là où l’acte est problématique c’est dans la teneur du certificat lui-même. En effet, Bernarde de Bégourdan (notons la particule devant son nom que n’avait pas son père), n’est pas la seule enfant survivante de Pierre Bégourdan en 1667 selon l’arbre généalogique reconstitué par un de leurs descendants. Bernarde décède à Toulouse après le 10 septembre 1711, date de son testament, après s’être remariée  à certain Lizier d’Itilier, capitaine d’une compagnie de fusiliers du roi. S’il est vrai qu’un petit Jacques Bégourdan est mort et enterré en 1651, elle a encore une soeur, nommée Catherine, qui décède en 1716 et qui a épousé en premières noces Jean-Pierre d’Itilier (Du Tillié selon une autre orthographe), sieur de la Catine et frère de Lizier (tous deviennent donc à la fois soeurs et belles-soeurs d’une part, frères et beaux-frères d’autre part). Je n’ai pas la raison de ce drôle de certificat : Catherine a-t-elle déjà reçu sa part d’héritage et est-elle de fait écartée de la succession? S’agit-il d’une preuve de dispute familiale autour de l’héritage? Est-ce la raison de cet acte parisien et non toulousain? Notons que les deux femmes, filles d’un marchand de bois, font de beaux mariages qui représentent une certaine ascension sociale.

Bref, cet acte que j’avais sélectionné à la base uniquement en raison de sa typologie et de sa brièveté se révèle plus mystérieux que prévu. Le pouvoir des archives…(et l’utilité des dépouillements généalogiques).

Certifficat

dernier febvrier 1667 [28 février 1667]

Aujourd’huy sont comparus pardevant les notaires gardenotes du Roy au Chastelet de Paris soubzsignez Nicolas Pique bourgeois de Paris, demeurant fauxbourg Sainct-Germain, rue des Mauvais Garçons, et Tranquille Letellier, aussy bourgeois de Paris, demeurant audit fauxbourg, rue de Seyne, lesquels ont dit et déclaré à tous qu’il appartiendra qu’ils ont eu bonne connoissance de la personne de Pierre Begourdan, habitant de la ville de Toloze, déceddé depuis environ seize ans, et qu’il n’a laissé pour tous héritiers que Damoiselle Bernarde de Bégourdan, sa fille, à présent femme du Sieur Charles Béret, aussi habitant bourgeois dudit Toloze, ce qu’ils certiffient estre vray, dont acte à eux octroyé es estudes desdits notaires, l’an mil six cent soixante-sept, le dernier jour de febvrier et ont signé.