Paléo-en-ligne, paléo facile

Si pour cette rentrée 2017 vous avez pris la bonne résolution de vous mettre à la paléographie, un nouvel outil est désormais à votre disposition.

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capture d’écran d’accueil de paleo-en-ligne.fr

En effet, si vous ne pouvez suivre les cours dispensés dans la plupart des Archives départementales, dans les universités ou à l’École des chartes à Paris (gratuits pour certains, liste à suivre dans un prochain article) et si les ouvrages de paléographie vous semblent trop complexes et assez peu interactifs, il existe désormais paleo-en-ligne.fr, un site proposant des formules de cours pour novices, intermédiaires et confirmés (en cours d’élaboration), combinant des cours, des vidéos, des exercices auto-corrigés et en correction personnalisée et des forums de discussion, ainsi que des cours thématiques (sur les ligatures par exemple).

À la demande des deux concepteurs du site (sans rémunération en contre-partie), nous avons pu accéder au niveau novice et suivre le cheminement d’un apprenti paléographe afin d’en faire la critique.

  1. On aime :
    • une interface plutôt claire, avec possibilité de personnaliser son profil (politique de notifications, mot de passe, etc…)
    • un test accessible à tout le monde, sans être inscrit, pour évaluer son niveau et choisir la formation correspondante,
    • une souplesse dans le rythme de progression
    • des cours complets et riches sur le plan scientifique, inspirés des principes chartistes, que l’on doit à Baptiste Étienne et Jean-François Viel, le premier étant entre autres chargé de cours de paléographie aux Archives départementales du Calvados, le second étant généalogiste professionnel et de facto paléographe spécialisé sur la période moderne
    • des vidéos assez bien faites qui complètent bien les cours écrits
    • un glossaire, que l’on peut personnaliser en ajoutant des notions
    • une bibliographie, avec liens vers les éditions en ligne quand elles existent
    • l’accent mis sur l’entraide : des forums afin d’échanger sur des difficultés, des astuces, des exercices complémentaires…mais aussi un mode pour créer son blog ou y référencer son propre blog
  2. On a moins aimé :
    • un logiciel de lecture des cours (Copysafe PDF reader) qui n’est compatible qu’avec Windows et Mac (il ne fonctionne pas sur Linux). [édit du 13/09/2017 : existence d’alternative pour une compatibilité tablettes Androïd et Linux].
    • un site encore jeune, donc des forums de discussion où on ne discute pas encore
    • une entraide et une collaboration limitées aux inscrits sur le site, ce qui à terme implique qu’il n’y aura que des débutants, les « confirmés » étant moins enclins à discuter sur ces forums.
    • certains cours n’ont pas encore leur vidéo
    • dans le cours consacré aux ligatures, une mise en page un peu déroutante : le fait d’incorporer les images des mots parfois en plein milieu d’une phrase complexifie la lecture du mot et celle du texte qui l’explicite. J’aurais davantage vu une marge d’un tiers de page (ou un quart) à gauche ou à droite de la page pour y situer les images des mots, l’explication correspondante en regard (et puis cela aurait aéré la lecture) [édit du 13/09/2017 : les concepteurs du site ont modifié la mise en page]
    • dans le cours consacré aux formules, les auteurs en donnent plusieurs exemples mais sans les dater ni les localiser précisément. En effet, s’ils rappellent bien que les formulaires diffèrent selon les régions, ils ne précisent l’origine géographique qu’à une seule reprise, et les dates nullement. Je pense que cela peut dérouter les étudiants paléographes qui n’y verront peut-être pas celles auxquelles ils sont confrontées, et qu’il faudrait les inviter plus explicitement à se faire un répertoire des formules qu’ils rencontrent dans leurs documents, voire à les intégrer à leur glossaire. En effet ces formules sont de précieux atouts pour le paléographe : variant à de très petits détails près dans un même espace géographique et sur une période, ils sont une base essentielle pour se familiariser l’œil avec l’écriture d’un scripteur et y repérer certaines lettres réutilisées dans la suite du texte. De plus, comme le démontrent bien Baptiste Étienne et Jean-François Viel, ces formules indiquent souvent la nature de l’acte lui-même et introduisent ainsi à une autre discipline chère à l’historien et complémentaire de la paléographie, la diplomatique ou critique de l’acte lui-même (une définition et quelques exercices pour les curieux sur le site de l’École des chartes), qui permet bien souvent de comprendre le caractère commun ou exceptionnel d’un acte, et sa place dans les institutions de l’époque.
    • des exercices en trop petit nombre dans la version basique à mon goût (mais ceci est très subjectif), la paléographie se maîtrisant par la répétition et des exercices réguliers  (des packs d’exercices auto-corrigés supplémentaires et payants sont proposés) [édit 13/09/2017 : des exercices ont été rajouté sans supplément de prix dans la version basique du niveau novice, passant de huit à dix]
    • je n’ai vu que le niveau novice, mes critiques ne concernent donc que celui-ci, arrêtées au 11 septembre 2017.

Le niveau novice se compose de dix sections, comportant chacune un cours écrit d’une dizaine de pages maximum, une vidéo explicative, un forum et de dix exercices auto-corrigés et en correction personnalisée pour tout le niveau reprenant les acquis de la section où ils se trouvent.

Le premier cours est un cours d’introduction : il rappelle ce qu’est la paléographie, les différents types d’écriture que l’on peut trouver, mais surtout les règles d’édition. Personnellement, j’aurais peut-être scindé ce cours en deux : l’introduction sur la nature de la paléographie et les différents types d’écritures, qui n’appellent pas d’exercices corrigés, d’une part, et un cours spécifique sur les règles d’édition qui est la partie délicate de l’exercice paléographique, une fois qu’on a réussi à lire, d’autre part.

Je nuancerais également le cours sur les règles d’édition en fonction de ce que l’étudiant veut en faire : une transcription avec édition professionnelle est extrêmement contraignante, avec la matérialisation des abréviations développées (on dit aussi abréviations résolues), entre crochets ou en gras, et les changements de ligne par des /, qui finissent par gêner la lecture, mais il existe également des éditions allégées, où ces abréviations et ces changements de lignes ne sont pas indiqués (de fait, c’est l’usage privilégié sur ce blog pour faciliter la lecture).

Les autres cours du niveau novice permettent de maîtriser les bases de la paléographie de l’époque moderne : les formules, la forme des lettres en elles-mêmes (avec des tableaux récapitulatifs très bien faits, dont on peut se servir comme modèles pour réaliser les siens à partir de ses propres textes), les ligatures en deux cours différents (il s’agit des liens entre les lettres, inhérents aux écritures manuscrites et dont la maîtrise permet une lecture correcte), les abréviations en deux cours également (l’étudiant trouvera ici les abréviations les plus courantes, auxquelles son œil doit s’habituer et qu’il doit apprendre, même si elles sont moins nombreuses qu’au Moyen Âge ; elles sont présentées par grandes familles, dans une perspective pédagogique), les chiffres (avec le même genre de tableau récapitulatif que pour les lettres), les dates et unités de comptes (avec l’indispensable explication sur le calendrier grégorien et sur les monnaies de compte/réelles) et un dernier cours sur la grammaire et l’orthographe (bien moins normalisées que de nos jours et qui rendent la compréhension et l’édition difficiles si on n’est pas préparé).

L’ordre des cours n’est pas obligatoire et on peut revenir sur les précédents, déjà consultés : en effet, les cours se nourrissent les uns les autres, selon les sensibilités on préférera commencer par le cours sur les lettres plutôt que par celui consacré aux formules par exemple, ce que n’empêche nullement le site. On peut ainsi apprécier l’évolution de ses résultats aux exercices. Une fois le niveau novice assimilé, on pourra se perfectionner avec les niveaux suivants où d’autres textes plus compliqués en terme de lecture, de formules et d’édition attendent le courageux paléographe : ainsi des archives judiciaires ou de correspondances privées…

Comme les deux concepteurs de ce site, on ne peut que conseiller aux utilisateurs de la plate-forme de revenir régulièrement sur les cours déjà étudiés, et de refaire les exercices jusqu’à complète assimilation. Il faut bien profiter des forums pour échanger sur les difficultés, obtenir des astuces des autres étudiants, voire tomber sur quelqu’un qui parviendra à lire cette espèce de spaghetto informe : le site permet de créer des articles en ligne, avec des annexes (photos d’archives par exemple) et de se créer sa petite communauté d’étudiants paleoenlignesques, mais aussi de créer un blog en interne et même d’intégrer son blog extérieur au site. Bref, l’entraide semble faire partie intégrante de la démarche de paléo-en-ligne, ce dont on ne peut que se réjouir.

On conseillera également aux utilisateurs de ressortir leurs plumes de calligraphie : en s’exerçant à former les lettres, on comprend d’autant mieux les ligatures, le ductus si cher à Mallon, et les abréviations que les scripteurs ont élaborées au fil du temps pour en gagner (Si l’utilisateur a l’impression de retourner au cours primaire pour apprendre à lire et à écrire, c’est un peu le propre des cours de paléographie, prenez-le comme une cure de jouvence…). Et bien sûr de multiplier les exercices : ce n’est qu’en pratiquant que l’on parvient à habituer son œil à une écriture (on peut ainsi réaliser en plus des exercices du site ceux proposés par les manuels de paléographie).

Avant de conclure, on rassurera tous ceux qui souhaitent s’y mettre mais appréhendent, et tous ceux qui s’y sont mis et buttent encore sur certains mots ou écritures : la paléographie est une discipline de patience et d’humilité. Patience car la maîtrise des bases que les cours de paleo-en-ligne permettent de faire de chez-soi et à son rythme demande cependant beaucoup de temps : on réapprend à lire et à écrire, souvenez-vous du temps que vous avez mis quand vous étiez petits!!! Personnellement, à très haute dose (j’entends par là une journée complète en service d’archives suivie des transcriptions le soir et le week-end), cela m’a pris plus d’un an pour me débrouiller correctement, et je n’ai parfois trouvé la solution que des années plus tard, à force de revenir sur ces textes qui me résistaient. Humilité, car après une dizaine d’années, il m’arrive encore de ne pas réussir à lire certains mots de mes chers notaires et de peiner sur des écritures et des typologies d’actes inconnues…

Mon avis est donc globalement positif sur le niveau novices proposé par paleo-en-ligne, à la réserve du petit nombre d’exercices proposé et d’un forum encore vide, pour ceux qui veulent se mettre à la paléographie de chez eux et à leur rythme. C’est à ma connaissance la seule plate-forme de ce type, et qui répondra très certainement à une demande forte de la part des généalogistes et des amateurs d’histoire.

Je suis bien évidemment prêt à faire la critique de toute autre initiative dont on me fera part et surtout, n’hésitez pas donner vos propres avis en commentaire de cet article ou à poser vos questions directement aux concepteurs de la plate-forme.

Les tarifs [édit du 13/09/2017 par rapport aux autres méthodes d’apprentissage] :

190 € pour un accès annuel pour un particulier en mode novice, 275 € en mode intermédiaire, 500 et 600 € respectivement en formation continue. Paleo-en-ligne.fr étant le seul site à proposer ce genre de cours, il est impossible de le comparer stricto sensu avec des « concurrents ».

Pour avoir un ordre d’idée par rapport aux autres méthodes d’apprentissage de la paléographie, cependant, les cours de paléographie en présentiel des Archives départementales de Seine-Maritime sont gratuits, ceux des AD du Calvados coûtent 60 euros à l’année, le Manuel de paléographie française de Nicolas Buat et Evelyne van den Neste (Paris, Les Belles-Lettres, 2016) coûte 25 € (il y a des exercices en fin d’ouvrage, avec corrections, mais elles ne sont donc pas personnalisées), le suivi d’un semestre de cours de paléographie (française et latine) à l’École des chartes en auditeur libre coûte 100 € en tarif plein, 25 € en tarif réduit (les cours sont en présentiels, pas de délivrance de diplôme, rien sur internet).

 

 

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