Convention entre mère et fils pour l’entretien de ces derniers (1667)

Archives nationales, minutier central, étude VIII, 720, convention du premier décembre 1667 (transcription en fin d’article, formulaire en gris).

L’acte du jour est une convention entre Louise Moreau, veuve du brasseur de bière Thomas Ramet, et ses fils mineurs quoique déjà grands, également maîtres brasseurs de bière, Jacques et Denis, par laquelle la première s’engage à entretenir (loger, nourrir, habiller je suppose) ses deux fils jusqu’à leur majorité en échange de leur obéissance, de leur travail avec elle et de la jouissance de leurs biens et revenus.

Si le sujet est atypique (convention mère-fils pour nourriture etc), c’est une convention tout ce qu’il y a de plus classique dans sa forme : les deux parties, les engagements des deux parties, pas de mentions marginales à part la mention de l’expédition. Le fait de passer devant notaire pour une telle convention suggère que malgré les liens familiaux, les sommes en jeu (les salaires des enfants travaillant auprès de leur mère, le coût de leur entretien, les revenus de leurs biens) nécessitent un acte public et listant toutes les conditions pour éviter des conflits futurs.

En l’occurrence, la famille Ramet est une dynastie de brasseurs de bière et Thomas Ramet en particulier l’acteur de nombreux actes décrits dans la salle des inventaires virtuelles des Archives nationales et un personnage important de la corporation : en 1647 il fait partie d’un groupe de maîtres brasseurs qui accuse d’anciens jurés de la communauté de concussion et de taxation illégale sur des collègues ; il serait décédé peu avant 1660, en laissant au moins trois fils, Simon, Jacques et Denis, ces deux derniers encore mineurs en 1667, soit âgés de moins de 25 ans, mais qui sont déjà maîtres brasseurs de bière et susceptibles de seconder leur mère, veuve, dans l’entreprise familiale. La convention se comprend alors comme un acte à mi-chemin entre un engagement par la mère à respecter l’entretien des enfants jusqu’à leur majorité en tant que tutrice légale et une association familiale pour faire perdurer le commerce. Notons que l’acte a été signé dans la maison de la veuve Ramet, en considération de son importance sociale ou de son état physique, mais qu’elle ne sait pas signer et a été interpellé sur cette absence de signature.

Si on ignore à la lueur des actes disponibles quand les deux enfants sont devenus majeurs, il est certain qu’ils n’ont pas vécu vieux : on trouve mention de leur décès dès 1684 pour Denis Ramet, qui laisse à son tour une veuve et des mineurs et dès 1689 pour Jacques, qui laisse lui aussi une veuve, Nicole Cousin, et deux enfants, un majeur nommé André et un mineur appelé Germain, tous les deux poursuivant la carrière de maître brasseur de bière.

convention, premier décembre 1667, fait grosse.

Fut présente en sa personne Louise Moreau, veuve de deffunt Thomas Ramet, vivant maistre brasseur de bierre à Paris, demeurante au fauxbourgs Sainct-Germain-des-Prez-lez-Paris, rue des Vieilles Thuilleries, paroisse Sainct-Sulpice, laquelle a volontairement promis et s’est obligée par ces présentes envers Denis et Jacques Ramet, aussy maistres brasseurs de bierre à Paris, enfans mineurs dudit deffunct Ramet et d’elle, demeurans avec leurdite mère à ce présens et acceptans de les nourir et entretenir honnestement selon leur qualité depuis ce jourd’huy jusques à ce qu’ilz ayent atteint l’aage de majorité de toutes nouritures et vestemens dont ilz auront besoing pendant ledit temps, sans que pour raison de toutes lesdits nouritures et entretiens ladite Moreau puisse prétendre aucune pension contre eux depuis le jour que leur partage a esté faict avecq leurs autres cohéritiers des biens et succession dudit deffunt leur père jusqu’à ce qu’ilz ayent atteint ledit aage de majorité, et par ainsy ladite Moreau leur mère ne laissera de recevoir ainsy qu’elle a désir faict cy-devant comme estant leur tutrice tous les fruicts et revenus de tous leursdits biens sans pouvoir prétendre aucune pension comme dit est allencontre de sesdits enfans, attendu qu’ilz sont desjà dans un aage advancé et capables de bien travailler, lesquels Denis et Jacques Ramet en considération de la grâce que leur fait leurdite mère ont promis, promettent et s’obligent de travailler chez elle durant ledit temps de faire tout leur possible à cet effet et d’obéir entièrement à leurdite mère en tout ce qu’elle leur commendera car ainsy a esté convenu et accordé entre lesdites parties, promettant, obligeant chacun en droit soy, renonceant, faict et passé à Paris en la maison de ladite veuve Ramet désignée, l’an mil six cens soixante sept le premier jour de décembre après midy, ladite veuve Ramet a déclaré ne sçavoir escrire ne signer de ce interpellée et les autres ont signé.