Petit mais costaud, le consentement à un mariage entre cordonniers (1689)

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Archives nationales, Minutier Central, étude XXIX, 250, consentement du 25 juillet 1689 (transcription en fin d’acte, formulaire en gris, mentions marginales en violet).

L’acte de la semaine est ultra-court, mais non moins complexe. Il s’agit d’un consentement, par lequel Jean Arnault, maître cordonnier à Paris, permet à sa fille Marie de pouvoir se marier avec Jacques Roger, cordonnier également, sans que cela ne nuise aux revendications du père contre un certain Le Guay.

Sur le plan diplomatique, rien de plus clair : la partie Jean Arnault est citée dès la première ligne de l’acte, le dispositif est bien introduit par le verbe « consentir », et il signe bien l’acte.

Sur le plan social, l’acte est là encore assez clair : commençons par l’aspect endogamique du mariage sous l’Ancien Régime, avec ici l’union d’une fille de maître cordonnier avec un cordonnier. Remarquons bien que si le père est qualifié de maître, le futur époux n’est qualifié que de cordonnier, ce qui laisse à entendre qu’il s’agit d’un compagnon aspirant à la maîtrise ou d’un ouvrier travaillant chez un maître car ne pouvant financer sa boutique. Par ce mariage, si on excepte les raisons amoureuses, Jacques Roger peut ici trouver un fort appui pour sa réception à la maîtrise (quel père laisserait sa fille n’épouser qu’un simple compagnon?) et sa mise à l’étrier pour sa propre boutique (la dot n’est pas mentionnée mais…). En l’absence d’autres informations sur les individus (et notamment la suite de la carrière de Jacques Roger), on est obligé de s’en tenir à de telles hypothèses.

Le second aspect concerne l’intervention de Jean Arnault dans le mariage de sa fille, très probablement liée à son statut de mineure. Alors qu’aujourd’hui il existe une majorité matrimoniale fixée à 18 ans, coïncidant avec la majorité civile, la majorité sous l’Ancien Régime est fixée beaucoup plus tardivement, à 25 ans selon l’Encyclopédie (article « majorité parfaite ») pour tous les actes civils, et pour la majorité matrimoniale, à la puberté, soit 12-14 ans pour les femmes, 14-16 ans pour les hommes. Majeurs ou mineurs, les futurs époux doivent cependant prendre conseil et avis de leurs parents, et en premier lieu du père, qui dans le meilleur des cas consent au mariage (c’est le cas ici), dans le pire oppose un refus par trois fois à ces « sommations respectueuses » qui permettent à l’enfant, qui ne craint pas d’être déshérité ou enfermé sur lettres de cachet, de se marier malgré tout (la sommation respectueuse doit être passée devant notaire, j’ai hâte d’en trouver une). Ici le cas est beaucoup plus simple, le père consent au mariage de sa fille, mineure très certainement, majeure probable, sans que la mère de la jeune fille, ni les parents du jeune homme ne soient mentionnés ici. Notons aussi que l’acte cite deux modalités du mariage, à savoir les contrats d’une part (ceux passés devant notaire ou sous seing privé) et la cérémonie religieuse, complément indispensable.

Ceci dit, il reste un passage assez mystérieux, « sans préjudicier des droicts et actions que ledit Arnault peut prétendre contre Monsieur Le Guay », placé juste après l’évocation de la cérémonie religieuse. Il introduit un 4e individu, M. Le Guay, sans plus de précision sur le prénom ou la profession, avec qui le père Jean Arnault serait en procès pour des raisons inconnues. J’avoue sécher en terme d’hypothèses : quel est le rapport avec le mariage et l’acte de consentement? S’agit-il d’un promis ayant éconduit la jeune fille (l’inverse me paraît compliqué vue la formulation)? D’un créancier du futur époux?

Bref, l’historien et archiviste que je suis reste un peu à côté de ses pompes à la fin de cet acte, en l’absence d’autres documents me permettant de contextualiser.

consentement, du 25 juillet 1689

Faict grosse

Fut présent Jean Arnault, maistre cordonnier à Paris, y demeurant rue du Fourt, parroisse Sainct-Sulpice, lequel a consenty et consent que Martine Arnault, sa fille, se marye avec Jacques Roger, cordonnier à Paris, et pour cet effet faire et passer tous contractz à ce nécessaires et en faire la solemnitté en facce de nostre mère saincte Eglize lors qu’ils en requéreront sans préjudicier des droicts et actions que ledit Arnault peut prétendre contre Monsieur Le Guay, dont acte.

Promettant, obligeant, renonceant, fait et passé à Paris es estudes l’an mil six cent quatre-vingz neuf le vingt-cinq juillet et a signé.