1667, on connaît la musique des instruments automatiques

 

Archives nationales, Minutier central, étude VIII, 717, contrat de vente du 3 février 1667 et annulation du 8 février 1667 (transcription en fin d’article, formulaire en gris).

2018, très bonne année à tous! Je vous souhaite de belles trouvailles, des lectures aisées (ou l’absence de migraines lors de lectures) et que les numérisations et indexations d’archives en ligne se multiplient!

L’acte de la semaine donne le « la » de cette année. Il s’agit d’un contrat de vente entre Antoine Pierre Pampes, facteur d’orgues et d’épinettes « qui joüent d’elles-mesmes », et Jean Hambrock, marchand bourgeois de Paris,  d’un orgue et d’une épinette automatiques moyennant 3 000 livres. Le second projette de les exposer à la foire Saint-Germain, temps pendant lequel, en cas de défaut de paiement, le fabricant pourra les saisir. On ne pourra apprécier les retombées de ces merveilles de technique puisque les deux hommes ont annulé la vente par un acte ensuite du premier cinq jours plus tard, pour des raisons inconnues.

L’acte est traditionnel sur le plan diplomatique : évocation du vendeur, de l’acheteur, des objets en vente, le délai de livraison, le prix, les conditions de paiement, les garanties pour le vendeur quant au paiement. La clause particulière concerne le paiement des sommes supplémentaires et complémentaires aux 3 000 livres, que pourrait devoir le fabricant à des fournisseurs ou autres personnes. On ignore le montant total de ces frais supplémentaires.

Le contexte économique et social de la foire Saint-Germain est propice à ce genre d’exposition : fondée au Moyen Âge, très dynamique et variée, la foire Saint-Germain est surtout connue pour les divertissements et troubles qui s’y produisaient, à la faveur de la foule et des bourses bien remplies pour de potentiels achats. En l’occurrence, la mention de la foire permet ici de bien mettre en avant le caractère divertissant de ces bijoux de technologie que sont les automates : probablement que Jean Hambrock comptait en tirer de l’argent sur le modèle de Georges Lignon et François Le Rat en 1687 à la foire de Caen. (Léon Roulland, La foire Saint-Germain sous les règnes de Charles IX, de Henri III et de Henri IV, p. 192-218, Mémoires de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, 1876, tome 3).

Que dire sur les automates d’Antoine Pierre Pampes et Jean Hambrock? A mon grand regret peu de choses pour le second. En revanche, des clavecins automatiques sont attestés comme une des spécialités des fabricants d’Augsbourg (d’après l’ouvrage d’Edward L. Kottick, A history of the harpsichord, Bloomington, Indiana University Press, 2003, 1re éd.). Le père Mersenne écrit ainsi « ‘l’on peut encore rapporter à nostre temps l’invention des tambours ou barillets, dont on use pour faire jouer plusieurs pièces de Musique sur les épinettes sans l’industrie de la main, car les Allemands sont si ingénieux qu’il font jouer plus de cinquante pièces diférentes par le moyen de plusieurs ressorts, qui font mesme dancer des balets à plusieurs figures qui sautent & se meuvent à la cadence des chansons, sans qu’il soit besoin de toucher l’instrument, après avoir bandé ses ressorts.  » (cité par Jean Duron, Le prince et la musique : les passions musicales de Louis XIV, p. 194-195).

On sait davantage de chose sur Antoine Pierre Pampes, ou plutôt sur un Pampes qui a fourni au roi Louis XIV plusieurs épinettes en 1670 et 1671, et qui selon certains historiens des clavecinistes parisiens aurait pour nom Pieter Pampus, serait originaire d’Allemagne (Elberveld) et aurait exercé à Amsterdam. Il aurait déposé un brevet en 1626 pour « orgues, positifs et clavecins qui jouent des pièces et des chansons sans l’aide de quiconque ». Disons cependant qu’il aurait été un fournisseur du roi tard dans sa carrière alors. Notre Pampel est-il le même que le fournisseur du roi, est-ce le fils de Pieter Pampus ? Il réside en tout cas à l’Electeur Palatin, preuve de son attachement à la culture germanique (dans l’impossibilité de poursuivre la piste en langue germanique, je m’en tiens aux hypothèses). (Jean Duron, idem, p. 193-194).

Il nous reste à dire un mot des instruments à cette époque : l’épinette est un terme alors utilisé pour désigner autant l’instrument aujourd’hui appelé l’épinette que le virginal ou le clavecin, dont il est un dérivé, du moins en France avant 1700. Ce qui le distinguerait serait la présence de cordes obliques au clavier dans l’épinette tandis que dans le clavecin à proprement parlé, elles sont droites. En l’absence de données techniques autre que l’automatisation sur les instruments livrés par Pampes à Hambrock, imaginons donc un clavecin. Cet instrument est la star du XVIIe et du XVIIIe siècle, parfaitement adapté au contre-point (je vous laisse découvrir le vaste répertoire de l’époque pour cet instrument).

Bref, Hambrock a failli avoir un instrument de roi.

Deux références supplémentaires : Edward L. Kottick et George Lucktenberg, Early Keyboard Instruments in European Museums, Bloomington & Indianapolis, Indiana University Press, , 276 p.

Colombe Samoyault-Verlet, les Facteurs de clavecins parisiens. Notices biographiques et documents (1550-1793), Paris, Société française de musicologie, 1966.

 

Vente, 3 febvrier 1667, faict grosse

Fut présent en sa personne Anthoine Pierre Pampes, facteur d’orgues et d’épinettes qui joüent d’elles mesmes, alemand de nation, estant de présent à Paris, logé fauxbourg Sainct-Germain-des-Prez-lez-Paris, rue Saincte-Marguerite, parroisse Sainct-Sulpice, à l’enseigne de l’Electeur Palatin, lequel a vendu et vend par ces présentes et promet garentir de toutes revendications quelzconques au sieur Jean Hambrok, marchand bourgeois de Paris, demeurant audit fauxbourg Sainct-Germain-des-Prez-lez-Paris, grande rue du Four, parroisse Sainct-Sulpice, à ce présent et acceptant une orgue et une espinette, lesquelles joüeront toutes seulles par machines et ressortz et que ledit Ambrok a veues en la maison où ledit Pamptes est logé où elles sont encores, et lesquelles il promet de livrer et mettre en la possession dudit Ambrok bien et entièrement parfaictes et conditionnées dans le septiesme jour du présent mois de febvrier, ladite vente faicte moyennant la somme de trois mil livres tournois à quoy ilz ont amiablement convenu pour le prix de la vente desdits orgue et épinette, laquelle some ledit Ambrok sera tenu et promet bailler et payer audit Pampes ou au porteur dans les festes de Pasques prochainement venant, et pour faciliter ledit payement, ledit Ambrok sera tenu luy mettre es main par chacun jour de la tenue de la foire Sainct-Germain pendant le cours de laquelle ledit Ambrok a dessin de les exposer publiquement, les deniers qu’il recevra et qui proviendront de ladite exposition et au feur et à mesure qu’il en recevra jusques à la concurrence de ladite some de trois mil livres tournois auquel payement lesdits orgue et épinette demeurent spécialement et par privilège hipotéquées de sorte que il sera permis audit Pampel faute dudit payement de les faire saisir et revendiquer par tout où elles se trouveront, et par ces mesmes présentes, ledit Pampes a consenty et consent que sur et autrement de ladite somme de trois mil livres tournois, il paye en son acquit la somme qui se trouveront d’estre par luy deues aux personnes qu’il luy indiquera, dont ledit Ambrok demeurera d’autant quitte et deschargé vers ledit Pampes, car ainsy, promettant, obligeant chacun endroit soy, renonceant, faict et passé à Paris es estudes de Huart l’un des deux notaires soubsignez l’an mil 6c soixante-sept le troisiesme jour de febvrier avant midy et ont signé.

Et le hucitiesme du mois de febvrier avant midy audit an MVIc soixante-sept sont comparus pardevant les notaires gardenotes du roy nostre sire en son Chastelet de Paris soubzsignez, lesdits Antoine Pierre Pampes d’une part et Jean Ambroch d’autre desnominez au contract de vente et convention cy-dessus et devant escript, lesquelz volontairement se sont désistez et désistent respectivement dudit contract de vente et convention, consentent qu’il soit et demeure nul et résolu sans aucuns frais, despens, domages et intérestz prétendre de part et d’autres, au moyen de quoy lesdites parties sont et demeurent en pareil estat qu’ils estoient auparavant, ledit Ambroch deschargé du payement de ladite somme de trois mil livres et promet audit Sieur Pampes de disposer desdits instrumens comme bon luy semble et de sa chose propre, promettant, obligeant, renonceant, fait et passé à Paris es estudes les jours et an susdits et ont signé